Succession : près de 9 000 milliards d’euros changeront de main d’ici 2040

18/05/2026

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré en 2025 plus de décès que de naissances. Dans ce contexte démographique inédit, un rapport d’Hémisphère gauche et de la Fondation Jean-Jaurès estime que près de 9 000 milliards d’euros cumulés changeront de main en France d’ici 2040. Une somme colossale qui soulève des questions sur sa répartition et ses impacts économiques.

Un héritage historique porté par les baby-boomers

Les baby-boomers, aujourd’hui âgés de 70 à 80 ans, détiennent une part majeure du patrimoine français. Comme le rappelait Astrid Panosyan-Bouvet en 2025, alors ministre du Travail, « 75 % des retraités sont propriétaires » et concentrent « 60 % du patrimoine financier et non-financier » du pays. Leur disparition progressive va donc entraîner une vague de transmissions sans précédent.

Cette manne financière devrait principalement profiter à leurs enfants, mais aussi, de plus en plus, à leurs petits-enfants. En effet, les générations plus anciennes expriment une « angoisse face au fait que leurs enfants pourraient vivre moins bien qu’eux », comme le souligne Nathalie Couzigou-Suhas, notaire. Les héritiers reçoivent généralement ces capitaux vers 60 ou 65 ans, alors que leurs besoins (achat immobilier, création d’entreprise, etc.) se situent bien plus tôt, entre 25 et 40 ans. Cela explique pourquoi de nombreux grands-parents choisissent de transmettre une partie de leur patrimoine directement à leurs petits-enfants, via des donations ou des dispositifs de « saut générationnel ».

Une fortune héritée en forte progression

La part de la fortune héritée dans le patrimoine global des Français ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui, l’héritage représente 60 % du patrimoine, contre seulement 35 % au début des années 1970. Cette tendance s’explique par l’augmentation de la valeur des biens transmis (notamment immobiliers) et par le vieillissement de la population.

Pour beaucoup d’enfants de baby-boomers, cet héritage pourrait leur permettre d’accéder à la propriété ou d’améliorer leur niveau de vie. Cependant, tous ne seront pas logés à la même enseigne : les inégalités patrimoniales risquent de se creuser entre ceux qui hériteront de biens importants et ceux qui n’auront rien ou peu.

La question des droits de succession : un débat toujours vif

Les 9 000 milliards d’euros transmis ne profiteront pas intégralement aux héritiers. Les droits de succession, qui ont rapporté 16,6 milliards d’euros à l’État en 2023, devraient mécaniquement augmenter avec le volume des transmissions. Pourtant, cette fiscalité reste très contestée.

Une enquête menée par Odoxa en 2024 révèle que trois quarts des Français (77 %) estiment que ces droits sont « injustifiés ». Un sondage YouGov de 2025 va dans le même sens : 74 % des Français souhaitent une baisse des droits de succession. Face à cette impopularité, de nombreuses familles optent pour des dons de leur vivant, afin de limiter les frais pour leurs héritiers.

Ce qu’il faut retenir

  • Un héritage record : 9 000 milliards d’euros devraient changer de main d’ici 2040, principalement en provenance des baby-boomers.
  • Des bénéficiaires variés : Les enfants, mais aussi de plus en plus les petits-enfants, en raison d’un « saut générationnel » croissant.
  • Un enjeu fiscal : Les droits de succession, bien que contestés, devraient rapporter davantage à l’État, poussant les familles à anticiper leurs transmissions.

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