
Les retraits massifs du crédit privé soulèvent la question des risques liés à cette « boîte noire ». Aux Etats-Unis comme en Europe, les régulateurs s’interrogent sur les conséquences sur les secteurs financiers.
Vague de retraits du crédit privé
Les poids lourds du crédit privé sont sous haute surveillance. À Wall Street, les législateurs ont lancé une enquête sur la manière dont les gestionnaires et les fonds d’investissement commercialisent, évaluent et gèrent cette catégorie d’actifs. Parmi les entreprises visées par cette démarche, on peut citer les grands noms du crédit privé : Apollo, BlackRock, Carlyle et Blue Owl Capital. C’est ce dernier fonds d’investissement, après avoir enregistré pour 4,5 milliards de dollars de retrait, qui est à l’origine de la vague de préoccupations des pouvoirs publics.
Face à cette situation, le département américain du Trésor envisage de rencontrer les régulateurs nationaux et internationaux pour discuter des risques liés au crédit privé. « La première série de réunions permettra d’examiner les récents événements sur les marchés, les risques émergents et les pratiques de gestion des risques ainsi que les perspectives pour le secteur », a annoncé le Trésor dans son communiqué.
Inquiétudes autour de la « boîte noire »
Les tensions sur le crédit privé, implanté profondément sur les marchés américains, révèlent la fragilité des fonds de dettes exposés au secteur technologique (et particulièrement au logiciel). L’essor de l’intelligence artificielle et son utilisation par les institutions financières pourrait devenir une menace pour la stabilité financière. C’est le constat du rapport mensuel du comité de politique financière (FPC) de la Banque d’Angleterre (BoE). Cette dernière a souligné le potentiel de la technologie à déclencher des chocs sur les marchés du crédit privé.
Or, l’opacité de la gestion du crédit privé vient renforcer les inquiétudes des pouvoirs publics. Si la débâcle ne semble pas encore avoir traversé l’Atlantique, la récente chute du prêteur immobilier britannique MFS, sur fonds de soupçons de malversations, alerte sur l’exposition des banques européennes. Le gouverneur de la Banque d’Italie, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Fabio Panetta, a mis en garde contre les niveaux de liquidité et d’endettement du crédit privé. « Face à une forte volatilité et à une grande incertitude, les vulnérabilités préexistantes pourraient devenir des canaux par lesquels les chocs sont amplifiés », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Rome.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a partagé sa vigilance au sujet de la dette privée, mais s’est voulu rassurant : « certaines fragilités, notamment sur la valorisation des actions, le crédit privé, les cryptos, sont plus fortes sur le marché américain ». De son côté, la Banque centrale européenne, redoutant un effet domino, maintient sa surveillance du secteur dans un contexte de retour de l’inflation.
Ce qu’il faut retenir
- La vague de retraits de liquidité sur deux véhicules du crédit privé aux États-Unis a déclenché une enquête pour mieux comprendre les risques pour les marchés.
- Les pouvoirs publics américains vont s’entretenir avec les régulateurs pour adapter les pratiques et diminuer les risques relatifs aux technologies.
- En Europe, si le crédit privé est moins ancré dans le système financier, il demeure une éventuelle menace. Il est donc maintenu sous surveillance par la BCE.
Pour aller plus loin :
- Lire la position de la Banque de France, lisez le discours de François Villeroy de Galhau,
- S’informer en matière de Marchés financiers,
- Retrouver l’article d’origine sur Les Echos.
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