
Le conflit en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz pourraient relancer l’inflation aux États-Unis. La Réserve fédérale reste attentive, mais refuse d’agir dans le brouillard. Jerome Powell maintient les taux et relativise le choc pétrolier par rapport aux années 1970. Explications.
Guerre en Iran : des incertitudes économiques croissantes
Ne pas agir à la hâte, ni sous pression. Ce leitmotiv adopté par Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, tout au long de son mandat, s’applique à la situation géopolitique actuelle. Face au blocage du détroit d’Ormuz, la Fed reste calme. Mercredi 18 mars, le comité de politique monétaire de la Réserve Fédérale a annoncé le maintien des taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %.
Excepté Stephen Miran, tous les gouverneurs ont voté la stabilité des taux. « L’incertitude sur les perspectives économiques reste élevée. Les implications des développements au Moyen-Orient sont incertaines pour l’économie américaine. Le comité est attentif aux risques des deux côtés de son double mandat [prix et emploi] », observe le comité de politique monétaire dans son communiqué. Si le blocage du détroit perdure, l’inflation pourrait grimper dans les prochains mois aux États-Unis. Cette situation obligerait la Fed à revoir sa position.
Révision des projections économiques
La Fed a également publié ses révisions économiques. Pour 2026, la croissance est revue de 0,1 point de plus qu’en décembre, la portant à 2,4 %. L’estimation publiée envisage une hausse des prix à la consommation « core PCE » de 2,7 % (+0,2 point). Toutefois, la Fed n’a pas modifié ses prévisions concernant le taux de chômage (4,4 %) et le niveau des taux d’intérêt (3,4 %).
Faisant l’objet d’une enquête judiciaire, le président de la Réserve fédérale entend poursuivre son travail jusqu’à la fin de son mandat en mai. Ses derniers mois ne seront probablement pas les plus faciles. Le conflit iranien a replongé la Fed dans le brouillard après 5 ans d’inflation au-dessus de la cible du 2 %. Après le redémarrage industriel post-Covid, la crise énergétique liée au conflit russo-ukrainien, la hausse des droits de douane de Donald Trump, la crise du détroit d’Ormuz est le 4e choc d’offre depuis 2021. Les prix à la pompe sont en hausse de 85 cents pour atteindre 3,94 dollars le gallon.
Vers une « stagflation » ?
Lors de sa conférence de presse, Jerome Powell a souligné qu’il ne s’agissait pas du meilleur moment pour faire des prévisions économiques. « Il est trop tôt pour connaître l’ampleur et la durée des effets potentiels sur l’économie ». Ces derniers « pourraient être beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands, on n’en sait absolument rien », a-t-il expliqué.
Powell a toutefois relativisé les événements actuels : « ce que nous avons, c’est un peu de tension entre les objectifs et nous essayons de naviguer à travers ça. C’est une situation très difficile, mais rien de comparable à ce que nous avons affronté dans les années 1970 ». Pour lui, un changement de politique monétaire n’est pas souhaitable actuellement alors que le taux de chômage est en hausse et que la création d’emplois est quasi-nulle. Côté croissance, le PIB du quatrième trimestre a également été révisé à 0,7 % en rythme annualisé.
Selon la Tax Foundation, 2026 pourrait redresser la barre grâce aux mesures de l’administration Trump : les baisses des impôts sur le revenu et les sociétés votées l’an dernier devraient rehausser le PIB de 1,2 point. « Les officiels sont maintenant plus enclins à tolérer une hausse temporaire de l’inflation et à se concentrer sur les risques posés à l’activité économique et au marché du travail », analyse l’économiste en chef d’Oxford Economics, Michael Pearce, dans une note publiée préalablement à la réunion de la Fed.
Toutefois, les analystes de Bank of America soulignent un risque de stagflation : les traders attendent désormais une baisse des taux d’une vingtaine de points d’ici fin 2026, contre une soixantaine en début d’année. « Cela suggère que les marchés commencent à se demander si la Fed peut continuer à ignorer les chocs d’offre successifs ». Le remplacement à la présidence de Jerome Powell par Kevin Warsh, qui souhaite assouplir la politique monétaire, pourrait faire évoluer la situation.
Ce qu’il faut retenir
- Malgré les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, la Réserve fédérale maintient ses taux directeurs.
- La Fed a révisé ses prévisions économiques avec des indicateurs qui se dégradent (hausse des prix, hausse du taux de chômage, baisse de la croissance).
- Jerome Powell se veut rassurant sur la crise actuelle et entend terminer son mandat de président sans réagir à la pression.
Pour aller plus loin :
- Pour approfondir la position de la Réserve fédérale, écoutez le discours de Jerome Powell,
- S’informer en matière des Marchés financiers,
- Retrouver l’article d’origine sur Les Echos.
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