Epargne des enfants, amplificateur d’inégalités

01/12/2025

Une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined), publiée en novembre, souligne les fortes disparités sociales et familiales des enfants face à l’épargne. En France, plus de la moitié des enfants possèdent un produit d’épargne à leur nom.

À quel âge les parents commencent-ils à épargner pour leur enfant ? Combien mettent-ils de côté ? Voici ce que révèle l’étude de l’Ined.

Épargne, angle mort des inégalités dans l’enfance

Passée sous les radars des spécialistes des inégalités dans l’enfance, l’épargne accumulée au nom des enfants est pourtant une pratique largement répandue, mais inégale. En France, plus d’un tiers des enfants de moins d’un an possède déjà un compte épargne, selon la chercheuse Marion Leturcq, s’appuyant sur les données de l’Insee portant sur 28 656 enfants. Environ 50 % des enfants de 10-11 ans détiennent un produit d’épargne à leur nom. Cette proportion s’élève à 72 % pour les 16-17 ans.

L’étude de l’Ined pousse l’analyse plus loin et met en lumière les inégalités qui apparaissent dès l’enfance en matière d’épargne. Sans grande surprise, la richesse des parents semble jouer un rôle déterminant dans la constitution du patrimoine de leur progéniture. Avant de souffler leur première bougie, 10 % des enfants les mieux dotés détiennent déjà près de 80 % de l’épargne total constituée à ces âges. Et cette observation se maintient dans le temps. À 16 ans, les 10 % des plus dotés conservent encore 70 % de l’ensemble de l’épargne totale.

Quand le foyer de l’enfant détermine sa richesse

L’Ined précise que la richesse du foyer n’est pas le seul facteur déterminant. La composition du foyer et la taille de la fratrie jouent également des rôles importants dans la constitution de l’épargne de l’enfant. L’étude indique que le fait qu’un enfant appartienne à un foyer composé des deux parents en couple fait augmenter l’épargne constituée. Toutefois, la chercheuse indique qu’il est difficile de quantifier l’épargne accumulée pour un enfant dont les parents sont séparés.

« Les enfants uniques détiennent une épargne de 3 112 euros, dans une famille où ils sont deux, ils disposent de 2 640 euros chacun, et ceux issus de familles très nombreuses (quatre enfants ou plus) ont près de 1 338 euros », note l’étude. La profession et le niveau d’études des parents constituent également des facteurs influant le montant de l’épargne accumulée au cours de l’enfance.

L’étude de l’Ined pointe également le rôle important joué par les grands-parents dans la constitution du patrimoine des enfants. Ainsi, un enfant ayant encore ses grands-parents a tendance à posséder une épargne plus importante. « Lorsqu’au moins un parent a reçu un héritage, et plus encore une donation du vivant, l’épargne constituée pour les enfants est plus importante, quelle que soit la configuration familiale. Ces résultats suggèrent que les grands-parents contribuent, de par leur apport direct à l’épargne des enfants ou par les transferts faits aux parents, à renforcer les écarts d’épargne financière entre enfants », explique l’étude.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de la moitié des enfants français, tous âges confondus, possèdent un produit d’épargne à son nom, sans différence notable entre filles et garçons.
  • Il existe des disparités sociales et familiales dans la constitution de l’épargne au cours de l’enfance. La richesse et la composition du foyer constituent des facteurs déterminants.
  • En matière de transmission de patrimoine, les grands-parents, de leur vivant, jouent un rôle important par leur contribution, directe ou indirecte, à l’épargne de l’enfant.

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